La discrimination à l'embauche est un phénomène dont tout laisse à penser qu'il est fréquent, mais dont il est difficile d'apporter la preuve. En effet, il faudrait pour cela pouvoir prouver que c'est bien en raison d'une caractéristique personnelle (âge, physique, couleur de peau...), et non en raison de son profil professionnel (diplôme, expériences antérieures), que l'on a été écarté d'un emploi.

Une étude menée par l'Observatoire de la discrimination apporte pour la première fois des preuves objectives de ce type de sélection.

Discriminations à l'embauche
Le sociologue Jean-François Amadieu et son équipe ont répondu à 258 offres d'emploi (postes de commerciaux, niveau BTS) en envoyant à chaque fois sept candidatures fictives présentant des profils professionnels similaires (mais non identiques). L'une de ces candidatures représentait la candidature « standard » : un homme blanc, de 28 ans, portant un nom français, résidant à Paris. Chacune des six autres modifiait une des variables de ce profil standard : on trouvait ainsi une femme, un homme âgé (50 ans), un autre portant un nom maghrébin, un autre résidant dans une banlieue stigmatisée, une personne au « visage disgracieux » (sic) et enfin un handicapé (la nature du handicap n'étant pas précisée).

Résultat : aucune de ces six candidatures ne suscite autant de réponses que la candidature standard, qui recueille 75 réponses positives (convocation à un entretien d'embauche), soit un taux de réussite de 29 %, et 10 négatives. Seule la candidature féminine, avec 83 réponses dont 69 positives, semble en mesure de la concurrencer, ces deux candidats rassemblant à eux seuls 55 % des réponses positives. Au bas du classement, le candidat handicapé ne recueille que 23 réponses dont seulement 5 positives (taux de réussite : 1,9 %). Le candidat maghrébin devance légèrement le candidat âgé (34 réponses contre 31) mais obtient moins de réponses positives que lui (14 contre 20).

Discriminations à l'embauche
Des relances téléphoniques montrent par ailleurs que, concernant les candidats maghrébin et handicapé, les employeurs mentent ou utilisent des arguments peu crédibles (« c'est votre diplôme qui ne convient pas », alors que les 7 faux candidats ont le même diplôme) pour justifier leur mise à l'écart. Enfin, les annonces d'offre d'emploi comportent souvent des conditions d'âge (17 % de l'échantillon analysé par les sociologues), alors que cette pratique est illégale...

On se doutait de tout cela, encore fallait-il le prouver !


REFERENCES

J.-F. Amadieu, enquête Testing sur CV, consultable sur le site de l'Observatoire des discriminations : http://cergors.univ-paris1.fr/observatoiredesdiscriminationsfd.htm



commentaire(s)